Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 13:43

Le jury Goncourt vient de couronner L'art français de la guerre d'Alexis Jenni. Si l’on en croit la critique, le livre s’intéresse à l’histoire de France, de la libération aux guerres coloniales.

Pendant ce temps, Les aventures de Tintin s'annoncent comme le deuxième plus grand succès cinématographique de l'année, derrière Harry Potter. L'univers coloré du jeune reporter plongera sans doute les spectateurs dans leurs souvenirs d'enfance et je ne serais pas surpris que les trentenaires ou quadragénaires soient plus nombreux que les enfants dans les salles. Au mois de septembre, c'étaient deux remakes de La guerre des boutons, qui se partageaient les écrans. L'un avait choisi de transposer l'histoire pendant la seconde guerre mondiale (s'autorisant un parallèle peut être un peu facile entre la guerre des petits et celle des grands) tandis que l'autre avait situé sa guerre des boutons dans les années 60, autre période chère à la mémoire collective.

 

Aucune de ces œuvres ne mérite de reproche. Prises individuellement elles sont toutes probablement intéressantes et méritent l'intérêt du public. Elles ont même sans doute une utilité dans les temps difficiles que nous traversons. Mais à l’heure où notre premier ministre nous annonce un budget parmi les « plus rigoureux que la France ait connu depuis 1945 », on pourrait aussi souhaiter des œuvres qui s’intéressent au présent, à l’avenir.

 

Sommes-nous une génération perdue ? Economiquement, artistiquement, nous sommes écrasés par l’héritage des dernières décennies. Que nous ont-ils laissé ? Leurs dettes que nous devrons solder, un problème des retraites que l’on ne sait comment financer par répartition alors que dans un futur proche, le rapport entre actifs occupés et retraités tendra vers le un pour un.

Ah, ils nous ont bien laissé quelque chose de plus en héritage… la nostalgie.

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Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 12:27

Alors que le Japon vit dans l’angoisse d’une catastrophe nucléaire, les politiciens français de tous bords ne peuvent s’empêcher de tomber dans leurs travers habituels. Chaque question d’actualité doit donner lieu à une déclaration tonitruante et une solution miracle. L’actuel président est un spécialiste de l’exercice, lui qui ne peut être confronté à un fait divers sans proposer une nouvelle loi ou des sanctions contre de présumés responsables.

Alors qu’il prétend incarner une manière plus sereine et réfléchie de faire de la politique, l’ancien premier ministre Dominique de Villepin n’est pas en reste quand il s’agit de rebondir de manière opportuniste sur l’actualité. Il vient de proposer d’envisager une réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité française de 80% à 50%. Outre le fait qu’il ne soit pas très élégant d'utiliser un drame national touchant un pays ami, on pourra reprocher à Villepin le caractère improvisé de sa recommandation. Tout d’abord pourquoi 50% et pas 38 ou 61 ? Le chiffre vient-il d’une modélisation savante prouvant qu’il est nettement moins risqué de produire 50% de son électricité de manière nucléaire plutôt que 80 ? On peut penser que, tant qu’il existe de nombreuses centrales nucléaires en France, le risque d’accident n’est que faiblement réduit. A quoi bon alors lancer de telles propositions ? La première raison qui me vienne à l’esprit est purement stratégique et électoraliste : il s’agirait de se différencier de M. Sarkozy et de séduire la tendance écologiste.

 

Et M. de Villepin l’a bien compris, inutile d’être précis pour plaire à l’électeur ! S’il expliquait par quoi il souhaite remplacer les 30% de production d’électricité, il perdrait sans doute une partie du capital sympathie qu’il vient de gagner. Veut-il construire des éoliennes ? Ces grands engins ont le don de fâcher les riverains des sites sur lesquels on veut les installer. Ils ne manquent alors pas de contrer les nouveaux projets en se constituant en associations écologistes (d’autres écolos, pas les mêmes que les anti-nucléaires). Les consommateurs pourraient également protester contre l’impact qu’un investissement massif dans les énergies renouvelables aurait nécessairement sur leur facture d’électricité (cet impact existe déjà avec une part pourtant faible d’énergies renouvelables non hydrauliques). Mais si Villepin proposait d’utiliser du charbon ou du gaz naturel, il susciterait sans doute également un tollé chez certains groupes écologistes. L’imprécision est donc la solution la plus sûre, chacun sera libre d’imaginer que M. de Villepin partage ses propres vues.

 

En probabilités, on dit que deux évènements A et B sont indépendants si le fait que l’un survienne ne change en rien la probabilité que l’autre se produise. Ici, un accident nucléaire au Japon ne modifie pas le risque d’un accident en France. Les évènements sont indépendants. On savait avant l’accident japonais que le nucléaire présentait des risques, ils ne se sont pas subitement trouvés accrus. Pourtant, le sujet est sous le feu des projecteurs et il faut donc en parler. Le gouvernement est forcé de montrer qu’il fait quelque chose, il lance donc un audit de la sécurité sur les centrales françaises (ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais pourquoi le faire dans la précipitation aujourd’hui alors que le niveau de risque n’a en rien changé ?). Au lieu de planifier le long terme, les politiciens réagissent à l’actualité. Qui doit-on blâmer ? Les médias sans doute, qui mettent les politiciens sous pression, les forçant à réagir à brûle pourpoint dès qu’un disfonctionnement intervient. Mais la faute nous revient sans doute un peu à nous tous, citoyens. Nous avons les politiques que nous méritons. Rien ne nous force à les porter au pouvoir. Si nous arrêtions d’exiger une déclaration, une solution, face à chaque évènement, les politiciens seraient peut-être moins tentés d’être dans la gesticulation permanente.

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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 11:27

Il y a quelques jours, l’un de mes amis évoquait devant moi en souriant un lapsus de Rachida Dati confondant inflation et fellation. J’avais alors pris la défense de l’ex-ministre. Les lapsus sont monnaie courante et celui-ci, s’il pouvait peut-être attirer l’intérêt d’un freudien, était somme toute bien anodin et ne remettait aucunement en cause les qualités politiques de Mme Dati.

 

Seulement voilà, le lendemain, l’ami en question m’envoyait un lien vers la vidéo de l’interview de Rachida Dati. Je fus alors consterné en découvrant les propos tenus :

« Quand je vois certains qui demandent des rentabilités à 20-25% avec une fellation quasi-nulle et en particulier en période de crise »

Ce n’est bien sûr pas le lapsus qui choque, mais l’incompréhension flagrante des réalités financières dans la bouche d’une responsable politique majeure. La rentabilité attendue d’un investissement financier est corrélée au risque de l’investissement. Pour un investissement faiblement risqué (la dette de l’état allemand par exemple), un investisseur sera prêt à accepter un taux faible (de l’ordre de 3% en période de faible inflation). Mais pour un investissement plus risqué, l’investisseur demandera une rémunération supérieure. Pour prêter à une entreprise (considérée comme plus risquée), un investisseur demandera un taux d’intérêt plus élevé. Et logiquement on attendra une rentabilité encore plus forte pour investir en actions (avec aucune garantie en capital). Si la prise de risque n’est pas rémunérée, les acteurs économiques n’ont aucun intérêt à s’éloigner des placements les plus sûrs. Si l’on prend le cas extrême d’un investissement dans un secteur sinistré, en période de crise (qui accroit le risque) par exemple pour le sauvetage d’Heuliez, on comprendra qu’un investisseur demande une espérance de rentabilité élevée car il a aussi une forte probabilité de tout perdre dans une faillite de l’entreprise. Il n’est pas anormal d’avoir une espérance de rentabilité supérieure à 20% si l’on a aussi 10% de chances de perdre la totalité de son investissement. Les fonds prêts à prendre des risques peuvent parfois rendre service à une économie, mais ils ne se lanceront dans des paris osés que s’ils peuvent en espérer quelque chose. S’il s’agit de gagner l’inflation, autant avoir recours au Livret A !

 

On peut se demander si Mme Dati faisait preuve de manque de clairvoyance ou simplement de démagogie (il est toujours bien vu de critiquer le monde de la finance). Dans les deux cas, ses capacités à rendre service à la France me paraissent remises en cause.

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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /Déc /2009 22:14

Les dernières semaines d’actualité ont été difficiles pour Peter Doherty : controverse après son erreur sur l’hymne allemand, démêlés avec les forces de l’ordre et surtout crise cardiaque. Alors que les médias et les béotiens se focalisent sur ses addictions et ironisent ou fantasment sur ses excès (sans s’intéresser le moins du monde à sa musique), ses admirateurs manifestent une inquiétude sincère pour sa santé voire pour sa vie.

Dans notre France un peu triste ayant du mal à vibrer avec sincérité, les gens qui s’intéressent à Doherty sont grosso modo séparables en deux groupes : ceux qui ne connaissent de lui que sa vie dissolue (ces gens là n’avaient sans doute jamais entendu son nom avant qu’il ne séduise Kate Moss) et, d’autre part, ceux qui admirent sa musique et l’incroyable poésie de ses textes mais déplorent sa consommation de stupéfiants.

Plus jeune, je faisais assez naturellement partie de la deuxième catégorie. Transporté par la musique de The Libertines, je ne pouvais qu’être attristé par les problèmes de drogue de Doherty qui allaient participer à causer la dissolution du groupe.

J’avais sans doute tort. 

On voudrait toujours ne garder que le meilleur et laisser de côté ce qui nous gène. Un bloggeur d’Overblog invitait il y a peu à laisser des avis et analyses sur Louis-Ferdinand Céline mais en bannissant : « tout sujet à connotation raciste, sexuelle, religieuse, politique »… tâche difficile tant ces thèmes imprègnent l’œuvre de Céline.

Peter Doherty peut-il être séparé de sa vie de bohème et de ses addictions ? Rien n’est moins sûr. La consommation de substances illicites s’inscrit dans un cadre plus large de remise en cause de l’idéal bourgeois. Peter Doherty n’a pas toujours été un marginal. Les bien-pensants seraient sans doute étonnés d’apprendre que le Pete Doherty qu’ils vilipendent fut un élève brillant au lycée. Il aurait pu étudier dans les universités les plus reconnues et s’élancer vers une carrière prestigieuse. Au lieu de cela il choisit de mener une existence libre dans une Londres fantasmée. Vivant de petits boulots, il se consacre à la musique et à la poésie, partageant ses passions avec ses amis.

Mais, la drogue n’est pas seulement un moyen de s’extraire du chemin tout tracé que la société ouvre aux individus brillants, elle crée également une ouverture vers d’autres univers essentiels à la créativité. Est-ce un pur hasard si un si grand nombre de musiciens, depuis les légendes du jazz des années 30-40, jusqu’aux stars du rocks et aux idoles plus récentes, étaient des consommateurs réguliers de stupéfiants (en particulier d’héroïne) ? La drogue peut par exemple favoriser un rapprochement entre les êtres. Sans aller jusqu’à l’héroïne, l’alcool crée déjà souvent, sur la fin d’une soirée bien arrosée, une promiscuité des âmes et des corps, une sensation de compréhension et de complicité qu’aucun échange rationnel n’aurait su amener. L’extraordinaire complicité existant parfois sur scène entre Carl Barât et Pete Doherty aurait-elle pu être aussi intense sans la drogue et les moments de débauche qu’ils avaient partagés ?

 

Ne jugeons pas Peter Doherty. Il est déjà assez souvent face à la police ou la justice et se passera facilement de la censure morale de personnes prétendument bien intentionnées. Notre société a contribué à la création de Peter Doherty. Elle peut en être fière.

Nous ne pouvons pas tous mener la même vie, par manque de génie d’une part et aussi simplement parce qu’il faut bien que des gens mènent une existence fastidieuse pour faire fonctionner le pays (éducation, système de santé, etc. existent grâce aux tâcherons anonymes que nous sommes). Nous crèverons sans plaisir et sans gloire, peut-être centenaires ou même plus si quelqu’un accepte de payer nos retraites jusque là. Avant ce moment, Peter Doherty nous aura apporté quelques instants d’évasion, nous laissant entrevoir ce que, dans une autre vie, nous aurions pu être.

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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 19:43

I needed to be loved at least to feel useful

But each time I got bored and found my life awful

 

I met a girl, maybe The girl

It was my chance, I let it pass

Then you found me among the mass

I should not have given a whirl

But your feelings overcame mine

As I was bored killing my time

 

I needed to be loved at least to feel useful

But each time I got bored and found my life awful

 

It’s not your fault indeed its mine

If I was there killing my time

I can pretend and I can smile

But won’t commit suicide for you

So in the end is it worthwhile?

To play a love that is untrue

 

I needed to be loved at least to feel useful

But each time I am bored I will appear awful

Par colomban
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